Democratic Republic of Congo

La pénurie de vaccins, un danger pour les enfants

En proie à l’inquiétude face à l’épuisement des stocks de vaccins pédiatriques en RD Congo, certains parents sont contraints à la débrouille.

Read this story in

Publication Date

Vaccine Shortage Puts Children at Risk

FRANÇOISE MBUYI MUTOMBO, GPJ RDC

Fanny Kunda tient son fils de 7 mois, Resolu Sabiti, à Makiso, en RD Congo. En RD Congo, une grave pénurie de vaccins pédiatriques a été à l’origine des conditions de vulnérabilité des enfants comme Resolu.

Publication Date

KISANGANI, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO : Assise devant sa maison, Fanny Kunda tient, sur ses genoux, son fils, Resolu Sabiti. Le calme inhabituel de ce petit garçon est signe de quelque chose : il ne va pas bien.

« J’ai très peur pour lui », s’inquiète Kunda, désemparée. « Je ne sais plus comment faire ».

Le bébé souffre de la fièvre, mais cela n’a rien d’inhabituel. Seulement, Resolu, âgé de 7 mois, fait encore partie des non-vaccinés. Selon les Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), les premiers vaccins chez les enfants devraient se donner dans les deux premiers mois de la vie.

La République démocratique du Congo, elle, étant en proie à de graves pénuries de vaccins pédiatriques résultant des problèmes de financement et de la réorientation des efforts pendant la pandémie, nombre d’enfants courent le risque de contracter des maladies mettant leur vie en danger. En l’absence de vaccins en nombre suffisant, les gestionnaires des services de soins de santé ont été obligés d’accorder la priorité aux enfants vivant avec le VIH, en raison de leur système immunitaire fragile. Conséquence, le taux de mortalité infantile a grimpé en flèche et, dans les rangs des parents comme Kunda, la peur pour leurs enfants s’installe.

D’après le Dr Boms Bonyoma, coordinateur provincial du Programme élargi de vaccination mis en place par le gouvernement, les données du premier semestre 2021 ont révélé que la mortalité infantile à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, a bondi de 23% par rapport à l’année précédente.

« Ce problème est causé par une faute de la part du gouvernement qui s’est penché davantage sur la pandémie de Covid-19 et a ignoré les besoins de vaccination des nouveau-nés », déplore Bonyoma.

Les congolais décident de ne plus bouder les vaccins contre la COVID-19cliquez pour lire

Le Dr Olinda Loko Abisa, coordinateur provincial du Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS), affirme que le manque de vaccins pédiatriques touche tout le pays et dure déjà depuis environ deux ans.

« Cette pénurie se produit, car le gouvernement central n’est pas parvenu à s’acquitter de sa dette envers son partenaire extérieur, le Fonds mondial », s’alarme Abisa.

Pour la période 2020-2022, la RD Congo s’est engagée à verser 6 millions de dollars au Fonds mondial, une organisation qui s’associe aux gouvernements et au secteur privé dans le monde entier pour lutter contre les maladies. Pourtant, en consultant le site web du Fonds mondial, on apprend que le gouvernement n’a versé aucun centime.

La priorité pour le gouvernement, à en croire le Dr Francis Baelongadi, chef de la division provinciale de la santé de la Tshopo, demeure d’enrayer la propagation de la Covid-19.

« Le gouvernement s’investit pour que l’on ait des vaccins [contre la Covid-19] sans ruptures », assure Baelongadi.

Mais la RD Congo reçoit des vaccins gratuits contre le coronavirus dans le cadre du dispositif Covax, un programme de répartition équitable des vaccins contre la Covid-19 mené par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aussi les niveaux d’acceptation des vaccins dans le pays sont-ils les plus faibles du monde. Sur une population de 90 millions d’habitants que compte la RD Congo, seuls environ 0,61 % disposent d’un schéma vaccinal complet, ce qui est largement inférieur à la moyenne continentale de 15,85 %, selon les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies. Selon le Coronavirus Resource Center de l’Université Johns Hopkins, la Covid-19 a fait plus de 1 300 morts en RD Congo depuis le début de la pandémie, ce qui indique que la maladie n’a pas constitué une menace sérieuse pour le pays. Mais selon Baelongadi, il n’en demeure pas moins que le gouvernement doit toujours lutter contre la pandémie.

« Quoique les gens refusent de se faire vacciner contre le coronavirus, cela ne peut pas pousser le gouvernement à croiser les bras », déclare-t-il.

Quand nous lui avons posé la question pour en savoir davantage sur ce que fait le gouvernement pour combattre la Covid-19 et sur l’affirmation selon laquelle ce dernier aurait négligé les programmes de vaccination des enfants, Baelongadi a répondu que seul le gouvernement central peut donner la réponse. Nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre le ministère de la Santé à Kinshasa. En vain.

« Ce problème est causé par une faute de la part du gouvernement qui s’est penché davantage sur la pandémie de Covid-19 et a ignoré les besoins de vaccination des nouveau-nés ».

Face à cette pénurie, les responsables de la santé publique et les activistes en matière de soins de santé ont essayé d’accorder la priorité à la vaccination des enfants vivant avec le VIH, confie Abisa, coordinateur de la campagne contre le VIH/sida dans la Tshopo. En janvier 2021, Caritas Internationalis, une confédération d’organisations catholiques à but caritatif œuvrant dans plus de 160 pays, a lancé une campagne de dépistage du VIH chez les enfants dans la Tshopo. Sur les 1 516 enfants que l’on a identifiés, 601 ont été référés à des centres de soins de santé tout en recommandant qu’ils soient mis sous traitement antirétroviral. Toutefois, seuls 21 enfants ont été mis sous traitement, car la pénurie de médicaments, elle aussi, frappe, explique le Dr Jean Munongo, coordinateur national du service de promotion de la santé de la Caritas Congo Asbl.

En raison du manque de vaccins et d’antirétroviraux (ARV), les parents craignent que leurs enfants ne finissent par développer le sida. Paulin Neboya, père d’un garçon de 3 ans qui a été diagnostiqué séropositif, affirme avoir été bouleversé d’apprendre qu’il y avait une pénurie de médicaments au grand dam de son fils.

« Je suis bloqué, et je ne sais que faire », se désole-t-il.

Les vaccins, on les trouve dans des cliniques privées, mais ils ne s’offrent pas gratis. Kunda gagne environ 3 000 francs congolais par jour et a finalement décidé de payer 10 000 francs pour faire vacciner Resolu.

« Ce vaccin n’a jamais été payable », rappelle-t-elle, « mais j’ai besoin de sauver la vie de mon enfant »

Zita Amwanga est journaliste à Global Press Journal et vit à Kisangani, en RDC.

Françoise Mbuyi Mutombo, GPJ, a contribué à cet article.


NOTE À PROPOS DE LA TRADUCTION

Traduit par Ndahayo Sylvestre, GPJ.