Democratic Republic of Congo

Les responsables se rejettent la responsabilité de l'échec du système d'alerte aux volcans

L'Observatoire volcanologique de Goma aurait dû prévenir les habitants avant l'éruption du Mont Nyiragongo. Qu'est-ce qui n'a pas marché ?

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Officials Trade Blame for Failed Volcano Warning System

Noella Nyirabihogo, GPJ RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Florida Baralizi a fui sa maison lorsque le Mont Nyiragongo est entré en éruption. Elle vit désormais dans un camp de réfugiés.

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GOMA, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO – Aux premières heures du jour, sous un soleil de plomb, Florida Baralizi est assise sur un rocher devant une petite hutte, d’une mine triste et hagarde. Le 22 mai, l’éruption du Mont Nyiragongo, l’un des volcans les plus dangereux d’Afrique, a surpris Baralizi et des centaines de milliers d’autres habitants qui vivent au pied du volcan. Tout ce qu’elle possédait (sa maison, son magasin, ses vêtements, son argent, ses documents personnels et le champ où elle cultivait des haricots) a été réduit en cendres.

Aujourd’hui, cette femme âgée de 43 ans vit avec ses quatre enfants et 400 autres familles dans un camp de réfugiés situé à environ 8 kilomètres du volcan, dans le village de Bukanda, à proximité de la ville de Goma.

« Pendant une seconde, j’ai cru que tout ça n’était qu’un rêve, que rien de tout ça n’était réel. », a-t-elle déclaré. « Malheureusement, j’étais belle et bien éveillée et je venais de perdre ma maison et tout ce qui m’aidait à nourrir mes enfants », a-t-elle ajouté.

L’éruption a détruit plus de 3 000 maisons et déplacé quelque 400 000 personnes dans l’est de la RDC. Au moins 31 personnes ont été tuées. Alors que des personnes comme Baralizi reconstituent leur vie, les habitants et les scientifiques affirment que les conséquences désastreuses de l’éruption auraient pu être évitées si le système d’alerte précoce du gouvernement avait fonctionné correctement.

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Noella Nyirabihogo, GPJ RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Les gens prennent des photos et observent la lave le lendemain matin. Le Mont Nyiragongo est entré en éruption le 22 mai.

La pièce maîtresse du programme de réduction des risques du pays est l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG), que le gouvernement a créé en 1986. Après l’éruption du Mont Nyiragongo en 2002, l’OVG a commencé à surveiller deux volcans actifs (le Mont Nyiragongo et le Mont Nyamulagira) pour détecter des signes d’éruption. Ce système d’alerte précoce était censé prévenir les habitants d’une éruption volcanique imminente deux semaines avant qu’elle ne se produise, leur laissant le temps d’évacuer. Mais lorsque le Mont Nyiragongo est entré en éruption en mai, il n’y a eu pratiquement aucun avertissement.

Aujourd’hui, les résidents et les scientifiques accusent les administrateurs de l’OVG de corruption et de mauvaise gestion. En juin, un groupe de scientifiques travaillant à l’OVG a adressé une lettre ouverte au président de la RDC, Félix Tshisekedi, dans laquelle ils accusent les administrateurs de l’institution sus-évoquée de détourner des fonds. Selon les scientifiques, plus de 7 millions de dollars provenant de l’Union européenne, de la Banque mondiale et d’autres groupes n’ont pas été alloués aux projets auxquels ils étaient destinés.

« La plupart des fonds destinés à soutenir ces projets ont été détournés et ont empêché la réalisation de nombreux projets », indique le mémo, notamment des campagnes de sensibilisation du public, des programmes de recherche et des achats d’équipements.

Célestin Kasereka Mahinda, directeur scientifique de l’OVG, a défendu l’agence contre ces accusations, affirmant que l’OVG avait cessé de recevoir l’aide du gouvernement central et des donateurs internationaux. C’est à cause de ce manque de soutien financier, a déclaré Mahinda, que le Mont Nyiragongo n’a pas été surveillé pendant sept mois, d’octobre 2020 à avril 2021.

« Pendant tout ce temps, nous n’avions pas de connexion internet et nous ne recevions pas de données en temps réel », a-t-il expliqué.

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Noella Nyirabihogo, GPJ RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Dans le camp des réfugiés de Bukanda, les gens attendent de l’assistance en longueur de journée.

En mai, l’OVG a reçu des fonds supplémentaires des États-Unis, a déclaré Mahinda, ce qui lui a permis de recommencer à surveiller l’activité magmatique à l’intérieur du volcan. Malheureusement, il n’y a pas eu assez de temps pour se préparer à l’éruption imminente.

« Lorsque nous avons eu accès à Internet, nous avons enregistré les signaux d’alerte, mais les mouvements avaient commencé depuis longtemps », a déclaré Mahinda. « C’est ainsi que nous avons eu cette surprise », a-t-il renchéri.

Lors d’une conférence de presse tenue le 5 juin, José Panda Kabangu, ministre de la recherche scientifique, a reconnu que le gouvernement n’avait pas fourni de ressources à l’OVG, et a déclaré que l’observatoire recevrait les fonds et les équipements dont il a besoin à l’avenir.

Après la catastrophe, le gouvernement s’est efforcé de fournir aux sinistrés de la nourriture, de l’eau et des soins médicaux. En juin, Tshisekedi a annoncé la création d’une agence qui travaillerait aux côtés de l’OVG pour assurer une prévention et une gestion plus solides des catastrophes.

Pour de nombreuses victimes, ces propositions arrivent bien trop tard.

« L’éruption m’a tout coûté, et la vie ici est très difficile, surtout pour nos enfants », a déclaré Hangi Bizimungu père de 6 enfants. « Ils mangent et dorment dans de très mauvaises conditions », a-t-il ajouté.

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Noella Nyirabihogo, GPJ RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Hangi Bizimungu est assis à l'extérieur d'une hutte de fortune dans la cour d'une école près de Goma, où sa famille et lui dorment dans les salles de classe.

La famille de Bizimungu fait partie des plus de 1 000 personnes qui ont trouvé refuge dans l’école de Kahembe, dans le groupement de Kibati, à quelques kilomètres de Goma. Malgré le soutien qu’ils reçoivent de divers donateurs, la vie à l’école est difficile. Les familles déplacées dorment dans les salles de classe la nuit mais doivent partir lorsque les élèves arrivent le matin. Ils ne partagent que quatre toilettes, ce qui crée de longues files d’attente et des conditions insalubres.

Pendant ce temps, Baralizi, qui était financièrement indépendante avant l’éruption, passe maintenant ses journées à attendre de recevoir de la nourriture pour qu’elle et ses enfants puissent manger. Chaque matin et chaque soir, elle prie dans le but d’avoir à nouveau une maison et un commerce décent.

« Le président de la république nous a récemment rendu visite et nous a promis que notre situation allait s’améliorer », a-t-elle déclaré. « Mais ce qui est certain, c’est que la vie ne sera pas la même », a-t-elle ajouté.

Noella Nyirabihogo est journaliste à Global Press Journal en poste à Goma, en République démocratique du Congo. Elle est spécialiste des reportages sur la paix et la sécurité.


NOTE À PROPOS DE LA TRADUCTION

Traduit par Kiampi Kongopi, GPJ.