SAMZONG, NÉPAL – Tous les habitants du village de Samzong se préparent à déménager.
Le village reculé du Haut Mustang, une région du nord-ouest du Népal, se trouve à la frontière tibétaine. Il n’y a pas de routes, juste des chemins rugueux qui mènent au village, qui n’est pas accessible en voiture. Il n’y a pas non plus d’hôpitaux, d’écoles ou de postes de police.
Il n’y a pas assez d’eau non plus.
Les habitants de Samzong dépendaient autrefois de l’agriculture, mais le manque de pluie et la baisse constante des rendements des cultures ont rendu la vie impossible ici. Pour survivre à court terme, certains se sont reconvertis dans l’élevage de bovins pour les vendre ou pour récolter leur laine. Mais d’ici la fin de l’été 2014, le village sera vide.
N’ayant pas suffisamment d’eau pour boire ou pour irriguer leurs champs, les habitants de Samzong s’apprêtent à abandonner le village. En 2014, les 17 ménages commenceront à construire de nouvelles maisons dans un village voisin appelé Namashung.
Namashung est à 4 kilomètres (2,5 miles) au nord-est de Lo Manthang, la capitale du district de Mustang. Il se trouve sur la rive du Kali Gandaki, également connue sous le nom de rivière Gandaki, qui est la principale rivière de la vallée.
La terre de Namashung appartient à l’ancienne famille royale du Mustang, également connue sous le nom de royaume interdit, selon la Fondation Lo-Mustang, une organisation népalaise à but non lucratif dédiée au développement de la région. La famille royale a accepté de céder la terre afin que les habitants de Samzong puissent déménager.
La construction des nouvelles maisons commencera en mars 2014. Tous les résidents prévoient de quitter la région d’ici l’été 2014.
La décision des résidents de déménager à Namashung est intervenue après une étude de novembre 2012 qui cherchait à trouver « une réponse holistique au stress du changement climatique sur les colonies himalayennes de haute altitude ». Le rapport note la pression exercée sur le Samzong Khola, la rivière qui traverse Samzong.
« Les activités agricoles à Samzong sont peu productives et dépendent presque exclusivement du flux pérenne de Samzong Khola », selon une étude réalisée par Kam For Sud, un partenariat suisse-népalais œuvrant pour le développement durable, la solidarité et la paix ; l’Université des sciences appliquées et des arts de la Suisse méridionale; et la Fondation Lo-Mustang.
Une augmentation drastique de la température due au changement climatique et des changements insignifiants dans les volumes de précipitations signifient une diminution de la couverture de neige à Samzong, selon le rapport. L’augmentation prévue des vents et le dépôt subséquent de sable et de poussière sur la neige et les glaciers les amèneront également à fondre plus rapidement.
Par conséquent, le flux pérenne de Samzong Khola devrait diminuer à l’avenir”, selon le rapport. « Le problème prédominant à Samzong est la combinaison d’une disponibilité insuffisante de l’eau et de systèmes d’approvisionnement en eau inefficaces. »
Les organisations qui ont réalisé l’étude ont recherché des stratégies pour soutenir les habitants de Samzong. La réinstallation à Namashung n’est pas une solution à long terme, selon le rapport. Mais c’est un meilleur choix que de rester à Samzong à cause de la rareté de l’eau.
Kyipa Gurung, une résidente de 65 ans, se souvient d’une époque où les rendements des cultures étaient élevés et où il pleuvait beaucoup chaque année, dit-elle. Mais au cours des 30 dernières années, les habitants ont dû abandonner leurs champs car l’eau s’est raréfiée.
La neige ne tombe pas non plus ici comme autrefois, dit-elle. Les modèles de température et de précipitations sont désormais impossibles à prévoir.
Une autre résidente, Norchung Gurung, 55 ans, se souvient également du bon rendement des récoltes lorsqu’elle était jeune. Sa famille n’a jamais eu à acheter de la nourriture, dit-elle. Au contraire, il y avait toujours un surplus de récoltes, qu’ils avaient l’habitude de vendre. Il y avait même de quoi nourrir le bétail.
Mais les choses ont commencé à changer il y a environ 35 ans, dit-elle. Aujourd’hui, vivre à Samzong n’est plus une option.
« Nous n’avions pas assez d’eau pour irriguer les champs », dit Norchung Gurung. « Nous avons dû abandonner les champs de l’autre côté de la rivière. Les choses sont difficiles maintenant, car nous devons acheter de la nourriture. Nous devons même acheter du fourrage pour le bétail. La survie semble désormais impossible. »
Shilu Manandhar de Global Press Journal s’est rendue à Samzong pour photographier les effets du changement climatique et documenter la vie dans le village avant que les habitants ne l’abandonnent.
GPJ a traduit des interviews du tibétain. Les Gurungs ne sont pas apparentés. C’est le nom de caste commun pour la région. Traduit par Soukaina Martin, GPJ.